mercredi 14 septembre 2011

Nouvelle poussée de fièvre dans la crise belge

Voilà 458 jours exactement que la Belgique se cherche un gouvernement. Après des mois de tractations infructueuses qui avaient poussé plusieurs "formateurs" à déclarer forfait les uns après les autres, Elio Di Rupo, chef des socialistes francophones, avait été chargé le 16 mai par Albert II de tenter un nouveau tour de table. Mais le voilà qui se heurte de nouveau à un blocage, ce qui a poussé le roi des Belges à quitter Nice mercredi matin pour rentrer précipitamment en Belgique. C'est en effet le souverain, chef de l'Etat belge, qui joue traditionnellement un rôle de médiateur entre les partis politiques, principalement dans les périodes de crise.
"Malgré tous les efforts entrepris et une série d'avancées observées, le formateur a l'obligation de constater le blocage profond des négociations. L'attitude de certains rompt l'équilibre indispensable pour aboutir à un accord", a déclaré Elio Di Rupo dans un communiqué. Le chef des socialistes francophones a annoncé vouloir réunir vers 14 heures les huit partis francophones et néerlandophones assis autour de la table depuis la mi-août "pour une dernière tentative". Il "en appelle à un ultime sursaut de responsabilité de tous les partis autour de la table", souligne son communiqué, selon qui "il en va de l'avenir du pays". L'annonce de cet inquiétant blocage intervient alors que l'actuel Premier ministre Yves Leterme, chargé de gérer les affaires courantes en attendant l'issue des négociations, a annoncé mardi soir qu'il allait quitter ses fonctions au plus tard à la fin de l'année pour devenir secrétaire général adjoint de l'OCDE à Paris. Or, le pays est géré par le cabinet Leterme depuis sa démission, en avril 2010. Depuis cette date, néerlandophones et francophones ne sont pas parvenus à s'entendre sur un projet commun pour former un gouvernement de plein exercice.
Volonté d'indépendance contre peur de la scission
Les négociations achoppent depuis les législatives du 13 juin 2010 sur des points aussi divers que l'autonomie fiscale des régions belges, la régionalisation des allocations familiales et de la sécurité sociale, la langue (avec le problème du bilinguisme et de l'arrondissement judiciaire et électoral de Bruxelles-Hal-Vilvorde)... Derrière tous ces points, les francophones soupçonnent les Flamands de vouloir progressivement vider l'Etat fédéral de sa substance afin de mieux préparer une scission.
Indépendant depuis 1830, ce pays de 10,5 millions d'habitants est en effet, depuis une réforme institutionnelle de 1993, un Etat fédéral composé de trois régions - Wallonie, Flandre et Bruxelles - aux pouvoirs étendus (aménagement du territoire, économie, environnement,...). Trois communautés - "flamande" (59% de la population), "française" (40%) et "germanophone" (1%) - gèrent en toute indépendance la culture et l'enseignement. L'Etat fédéral conserve la gestion de la justice, des affaires étrangères, de la défense ou encore de la sécurité sociale.
Depuis les années 1970, il n'y a plus de partis nationaux. Les grandes "familles politiques" (chrétienne-démocrate, socialiste, libérale et écologiste) défendent des deux côtés de la "frontière linguistique" des priorités différentes. Les Flamands, qui vivent dans une région aujourd'hui plus riche que celle des francophones et estiment avoir été dans le passé discriminés, réclament toujours plus d'autonomie. La rivalité, récurrente entre les deux communautés, a été exacerbée par la poussée, aux élections de juin 2010, des partis flamands les plus durs. Ce qui a abouti à un bras de fer d'une intensité inédite avec les francophones dans les négociations gouvernementales. Les Flamands réclament en outre que les francophones vivant en Flandre s'adaptent et apprennent le néerlandais. Ils veulent remettre en cause dans ce contexte la possibilité qu'ont les francophones de la périphérie flamande de Bruxelles de voter pour des candidats francophones bruxellois aux élections législatives.

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