mercredi 14 septembre 2011

Mediator : la juge Prévost-Desprez mise sur la touche

L'annonce a été faite mardi par le président du tribunal de Nanterre, Jean-Michel Hayat : la juge Isabelle Prévost-Desprez ne présidera pas l'audience sur le dossier Mediator fin septembre à Nanterre après ses propos mettant en cause Nicolas Sarkozy dans l'affaire Bettencourt. Officiellement, le mot de sanction n'est pas prononcé : le président du tribunal précise qu'il a demandé à la juge "d'envisager de lui céder la présidence des audiences de procédure du 26 et 27 septembre dans le dossier Mediator pour préserver les justiciables des antagonismes récurrents au tribunal de Nanterre, ce qu'elle a accepté vendredi. Isabelle Prévost-Desprez a adhéré à cette mesure conservatoire de nature à préserver la juridiction et proposée dans un souci d'apaisement des tensions".
C'est donc Jean-Michel Hayat lui-même qui présidera les prochaines audiences, alors que la 15e chambre du tribunal correctionnel de Nanterre, présidée par Isabelle Prévost-Desprez, est saisie de plusieurs citations directes visant notamment le groupe Servier, son fondateur de 88 ans Jacques Servier, ainsi que la société Biopharma, qui a commercialisé le Mediator, pour des faits de tromperie aggravée. Pour le président du tribunal de Nanterre, dans ce dossier, "les justiciables ne doivent pas être les otages des antagonismes du moment". Sachant que, toujours à propos de ses déclarations dans le livre Sarko m'a tuer, la juge Prévost-Desprez doit aussi être entendue le 14 septembre à Bordeaux par le juge Jean-Michel Gentil, selon Le Monde.
Des témoins qui ont peur ?
Après la publication de Sarko m'a tuer, des voix s'étaient élevées pour demander des sanctions disciplinaires contre Isabelle Prévost-Desprez, en conflit notoire avec le procureur de Nanterre Philippe Courroye. Cet ouvrage au titre accusateur a été écrit par deux journalistes du Monde qui ont pu rencontrer la présidente de la 15e chambre du tribunal correctionnel de Nanterre, qui fut un temps saisie d'une citation directe de Françoise Bettencourt-Meyers qui accusait le photographe et écrivain François-Marie Banier d'avoir commis un abus de faiblesse sur sa mère. A cette occasion, la magistrate avait ouvert un supplément d'information lui permettant entre autres de réaliser des auditions de témoin. Cependant, ce volet de l'affaire ainsi que l'ensemble des enquêtes préliminaires menées par le procureur de Nanterre Philippe Courroye avaient été dépaysées à Bordeaux à l'automne 2010.
Interrogée par les auteurs du livre, Isabelle Prévost-Desprez affirmait notamment avoir été frappée par la peur des témoins lors de ses investigations. Priée de dire de quoi ces témoins avaient peur, la magistrate répond : "Peur de parler sur procès-verbal à propos de Nicolas Sarkozy". Puis elle ajoutait : "L'un d'eux m'a dit qu'il avait vu des remises d'espèces à Nicolas Sarkozy." Isabelle Prévost-Desprez précisait qu'il s'agissait de l'infirmière de la milliardaire, laquelle ne se serait toutefois pas exprimée sur procès-verbal.
Les soucis s'accumulent pour la juge Isabelle Prévost-Desprez, puisque le procureur Courroye a déjà ordonné des investigations pour "violation du secret de l'enquête" susceptibles de la mettre en cause dans le dossier Bettencourt. Les suites de ces investigations pourraient déboucher sur un éventuel dessaisissement de la juge Prévost-Desprez s'il était prouvé qu'elle avait divulgué des informations provenant de son enquête. Des investigations qualifiées de "manipulation honteuse" par l'Union syndicale des magistrats, syndicat majoritaire dans la profession.

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