vendredi 13 janvier 2012

Triple A : la France serait dégradée par S&P

Jusqu'ici, quelques rumeurs couraient sur les marchés. Elle a refait surface vendredi, mais elle était petit à petit confirmée par plusieurs sources européennes haut placées. "La France perd son triple A" a confirmé une source gouvernementale sous couvert de l'anonymat. Et avec elle, d'autres pays de la zone euro - les noms de la Slovaquie (actuellement notée A+) et de l'Autriche (notée AAA) ayant été prononcées par la source européenne, Les Echos ajoutant ceux de l'Espagne (actuellement AA-), l'Italie (notée A par S&P) et du Portugal (actuellement BBB-).

L'Allemagne (toujours AAA) devrait, elle, échapper à une dégradation. Selon une source gouvernementale, la Belgique (notée AA), les Pays-Bas (AAA) et le Luxembourg (AAA) seraient également épargnés.

La semaine, l'agence de notation Fitch avait annoncé ne pas envisager de dégrader la France cette année. Moody's, qui s'était laissé trois mois pour réflechir, doit annoncer si elle dégrade la note de la dette française d'ici le 18 janvier.

"Pas de commentaires"

Contactés par Reuters, le Trésor français et le ministère des Finances n'avaient aucun commentaire à faire dans l'immédiat. Mais le ministre de l'économie François Baroin était à l'Elysée, vendredi à 17h. Standard and Poor's s'est également refusé à tout commentaire. L'agence avait annoncé le 5 décembre que la plupart des pays de la zone euro pourraient voir leur note abaissée à très court terme en raison d'une aggravation des tensions systémiques liées à la crise de la dette.

Dès décembre, après avoir indiqué qu'une telle dégradation était inimaginable, le gouvernement préparait l'opinion publique à la perte du "AAA". Nicolas Sarkozy avait ainsi assuré, dans un entretien au Monde mi-décembre, qu'une dégradation "serait une difficulté de plus, mais pas insurmontable". Deux jours plus tard, c'était au tour d'Alain Juppé de se montrer rassurant dans un entretien aux Echos : "ce ne serait pas une bonne nouvelle bien sûr, mais ce ne serait pas non plus un cataclysme".

Pour les marchés, la France avait déjà perdu son triple A

Les marchés, eux, ont depuis longtemps pris les devants. Selon les dirigeants de Standard & Poor's à Paris, interrogés le 6 janvier par le Parisien, la France ne valait plus qu'un triple B sur les marchés. Par ailleurs, les rumeurs d'une dégradation avaient parcouru les Bourses à plusieurs reprises avant Noël. "Le problème est avant tout le fonctionnement de la zone euro qui laisse à désirer", expliquait Jean-Michel Six, chef économiste de S&P pour l'Europe. Les taux auxquels les pays de la zone empruntent se sont tendus la première semaine de janvier.

Après cette annonce vendredi après-midi, la Bourse de Paris tombait brusquement dans le rouge et l'euro repassait tout aussi brutalement sous les 1,27 dollar.

Selon Patrick Artus, l'économiste de Natixis, la dégradation de la France peut soulever d'autres questions : "est ce que Standard & Poor's ne sera pas obligé de dégrader les entreprises proches de l'Etat, ou celles qui se portent bien mais dont on aurait du mal à accepter qu'elles soient mieux notées que l'Etat ? Il pourrait y avoir plus d'effets collatéraux que d'effets directs".

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