Vendredi soir, les jurés de la Gironde ont condamné Yves Bureau à perpétuité. Comme l’avaient fait ceux de la Dordogne en septembre 2011. Mais, contrairement à ces derniers et contrairement aux réquisitions de l’avocat général Jean-Luc Gadaud, ils n’ont pas prononcé de peine de sûreté. Vingt-deux ans avaient été réclamés. Si la cour les avait retenus, Yves Bureau aurait vraisemblablement fini ses jours derrière les barreaux.
L’ancien ouvrier de la poudrerie de Bergerac, âgé de 59 ans, peut caresser l’espoir de sortir un jour de prison. À condition de faire un travail sur lui-même et de reconnaître qu’il est pleinement responsable du meurtre d’Édith Muhr, qu’il a tuée le 10 septembre 2009 à Verdon, un petit village du Bergeracois. Avec la circonstance aggravante que ce crime a été précédé d’un acte de torture ou barbarie. Cette retraitée allemande était encore vivante lorsqu’il a tranché son doigt, avant de découper son corps à l’intérieur d’une grange.
Extraordinaire sang-froid
Même s’il subsiste des zones d’ombre, le scénario de cette journée terrifiante a pu être facilement reconstitué. Yves Bureau a spontanément avoué sa présence sur le chemin où a été retrouvé le chapeau ensanglanté de la retraitée allemande. Il a ensuite expliqué comment il avait tronçonné sa dépouille, dont il avait jeté les morceaux dans une mare avant de les placer dans des sacs d’engrais dissimulé dans un champ de maïs.
La tâche de l’avocat général Jean-Luc Gadaud, à qui il incombe de démontrer sa culpabilité, est assez aisée. Tout accable l’accusé. Implacable, le magistrat s’attarde sur l’extraordinaire sang-froid d’un homme capable d’éviscérer sa victime, de recueillir son sang dans des récipients, de fouiller méthodiquement ses entrailles et de converser le soir avec son épouse comme si de rien n’était.
Sadique, manipulateur, mythomane, pervers. L’expert psychiatre Jacques Bertrand le dépeint sous les qualificatifs les plus sombres. Ils n’emportent pas forcément l’adhésion. Jamais sa famille, ses proches, ses collègues de travail n’ont perçu de tels travers. « Les chasseurs du village sont unanimes. Ils disent tous qu’il détestait dépecer le gibier. Le jour du crime, il ne pouvait pas être dans son état normal », insiste l’un de ses avocats, Me Francis Delom.
La justice impuissante
Des crises d’épilepsie à l’adolescence, un délire signalé par un médecin à l’époque où il craignait être licencié de la poudrerie de Bergerac. Quelques clignotants se sont allumés. Pas de quoi convaincre les « psys », qui l’ont trouvé indemne de toute pathologie mentale, sans pour autant révéler le pourquoi de son passage à l’acte.
Yves Bureau tient la justice et la psychiatrie en échec. Elles n’ont pas été capables d’explorer les tréfonds de sa nature, de dévoiler les mécanismes qui ont fait surgir chez lui la part d’inhumanité tapie au fond de chaque être humain. « Son enfance a été massacrée. Il s’est construit dans la soumission totale à un père violent qui l’a renié », insiste Me Christine Maze, qui le défend dos au mur mais non sans panache.
Le psychiatre Jean-Claude Chanseau voit dans le meurtre d’Édith Muhr la rébellion contre un père tyrannique qui avait posé l’interdit de la femme. L’avocat général Jean-Luc Gadaud, après avoir évoqué les vieilles rancunes de l’occupation allemande, demande si la victime n’a tout simplement pas payé le fait d’avoir été une étrangère s’aventurant sur des terres qui n’étaient les siennes.
Ces scénarios ne reposent que sur le sable des convictions. « Même si son acte est monstrueux, il n’est pas tout à faire noir. Ne le laissez pas partir aux galères », suppliait Me Maze avant que les jurés ne se retirent pour délibérer et que son client demande enfin pardon.
Deux heures d’épouvante pouvaient-elles effacer totalement 57 ans sans histoire ? En ne prononçant pas la peine de sûreté, la cour l’a en partie entendue.
http://www.sudouest.fr/2013/04/13/encore-la-perpetuite-1023975-7.php
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