samedi 11 février 2012

Grève générale en Grèce avant l'adoption d'un nouveau plan de rigueur

Ils sont de nouveaux dans la rue. Les salariés grecs ont entamé vendredi une grève générale de 48 heures pour dénoncer l'austérité réclamée par les créanciers d'Athènes pour renflouer le pays au bord de la faillite. Car les trois partis de la coalition gouvernementale ont entériné jeudi, après d'âpres tractations, un nouveau plan de rigueur mais l'Eurogroupe a réclamé dans la soirée des garanties supplémentaires sur la mise en œuvre de ces mesures.
Pour de nombreux Grecs, appauvris par cinq années consécutives de récession, dans un pays où le chômage touche un actif sur cinq, où les magasins ferment les uns après les autres, ces nouvelles mesures d'austérité sont la goutte d'eau de trop. Sur la place Syntagma, au coeur d'Athènes, face au parlement, des manifestants se sont rassemblés vendredi aux cris de "Non aux licenciements! Non aux baisses de salaires! Ne vous résignez pas. Résistez!" Trois jours après un mouvement social similaire, la grève de vendredi paralyse les transports publics et maritimes. Les médecins hospitaliers, les enseignants, les employés de banques participent au mouvement lancé à l'appel des deux grandes centrales syndicales grecques, l'Adedy (fonctionnaires) et la GSEE (privé).
Ultimatum de la zone euro
La zone euro a donné jeudi moins d'une semaine à la Grèce pour répondre à plusieurs exigences, avant de pouvoir délier les cordons de la bourse et accorder à Athènes une aide cruciale pour le pays. "En dépit des progrès importants réalisés ces derniers jours, nous n'avons pas eu tous les éléments nécessaires sur la table pour prendre des décisions" dans l'immédiat, a dit le président de l'Eurogroupe, Jean-Claude Juncker, à l'issue d'une réunion des ministres des Finances de l'Union monétaire à Bruxelles. Une nouvelle réunion de ce forum est prévue le mercredi 15 février pour approuver le nouveau programme d'aide de 130 milliards d'euros promis à la Grèce par l'Europe en octobre, ainsi qu'un plan d'effacement de dette par les banques d'une ampleur historique au niveau mondial. Sous réserve que les conditions posées soient remplies.
D'ici là, a averti Jean-Claude Juncker, le parlement grec va devoir approuver dimanche le plan de rigueur sur lequel les partis politiques grecs et les représentants des créanciers publics du pays réunis au sein de la "troïka" (UE-BCE-FMI), se sont mis d'accord sur le principe jeudi. En outre, le gouvernement grec a jusque mercredi pour trouver "des économies supplémentaires à hauteur de 325 millions d'euros" dans le budget 2012. Enfin, la zone euro exige que les partis de la coalition au pouvoir à Athènes apportent des garanties par écrit sur leur soutien au plan de rigueur. Vendredi matin, le ministre allemand des Finances, Wolfgang Schäuble, a estimé que les engagements pris à ce jour par la Grèce ne suffiraient pas à ramener sa dette publique au niveau jugé soutenable.
Affrontements entre partis
La patience des pays de la zone euro est à bout face à la lenteur des réformes en Grèce. Le ministre grec des Finances, le socialiste Evangélos Vénizélos, a reconnu à la fin de la réunion que "de nombreux pays ont trouvé des lacunes" dans le plan de rigueur qui leur a été présenté, et en a tenu responsable le chef des conservateurs grecs Antonis Samaras, qui "n'a pas encore signé" l'intégralité des mesures prévues à l'origine. Le montant de 325 millions d'euros d'économies réclamé par les partenaires d'Athènes d'ici mercredi correspond en effet à des coupes dans les dépenses refusées tout particulièrement par les conservateurs grecs de Samaras, favori des sondages dans la perspective d'élections prévues au printemps. A Athènes, ce dernier s'est prévalu d'avoir "évité le pire" en bloquant toute une série de mesures de rigueur réclamées par l'UE et le Fonds monétaire international.
Si la Grèce a encore beaucoup à faire pour les contenter, en revanche du côté des négociations avec ses créanciers privés (banques, assureurs et fonds d'investissements) pour effacer 100 milliards d'euros de dette, "le projet d'accord est pratiquement finalisé", a déclaré le commissaire européen aux Affaires économiques, Olli Rehn. L'objectif est de parvenir par ce biais à réduire le niveau de la dette publique globale de la Grèce à un niveau jugé soutenable, soit 120% du Produit intérieur brut national en 2020. Ce seuil est une condition fixée par le FMI pour continuer de son côté à prêter de l'argent à Athènes. Mais si l'effacement de dette par les banques ne permet pas de revenir à l'objectif de ratio de 120%, les gouvernements de la zone euro, ou des institutions comme la BCE, seront alors contraints d'apporter une contribution supplémentaire pour y parvenir.

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