mardi 17 janvier 2012

Manrico Giampietroni, officier-héros du Costa Concordia

Il se défend d'être un héros. Pourtant, Manrico Giampietroni, commissaire de bord sur le Costa Concordia, a sauvé plusieurs dizaines de passagers en cette nuit de cauchemar où au moins 6 personnes sont décédées. Lundi, la presse italienne raconte l'odyssée de cet homme de 57 ans, grisonnant et au sourire sympathique, qui a bien failli, lui aussi, perdre la vie au large de l'île de Giglio. Mais, dans l'intervalle, s'est comporté de façon exemplaire.
"Pour moi c'est un héros, Manrico est un altruiste, pas seulement au travail, il pense toujours aux autres", a déclaré à La Stampa son épouse Laura, 40 ans, en soulignant que Manrico "est quelqu'un aux nerfs solides qui reste toujours lucide". Selon divers témoins, après la collision du navire avec un rocher vers 21h45, il s'est dépensé sans compter pour faire embarquer les passagers à bord des chaloupes de sauvetage jusqu'à environ 3h du matin.

"Je n'ai jamais perdu espoir"

A minuit il a appelé sa femme avec son portable pour la rassurer : "reste calme, je suis en train d'installer les passagers sur les canots puis je m'occuperai de moi", lui a dit l'homme dans la force de l'âge. A 3h15, Manrico, entré chez Costa Crociere il y a 18 ans après avoir été commisaire de bord et mécanicien, confiait encore à un ami: "c'est une catastrophe mais nous faisons notre possible pour aider les passagers à rejoindre Giglio".

Puis c'est le silence absolu et l'inscription dans le registre des portés disparus jusqu'à dimanche matin à l'aube, quand des pompiers plongeurs entendent "du bruit" en provenance du pont numéro trois, semi-immergé. "Je suis tombé dans un trou qui s'est ouvert sous moi alors que j'étais en train d'atteindre la passerelle, j'ai dû tomber de quatre ou cinq mètres et j'ai senti une grande douleur à la jambe", a-t-il raconté à La Repubblica. Il s'est alors aperçu qu'il était dans le salon restaurant "avec l'eau qui commençait à monter" et il est alors monté sur une table. "J'étais dans le noir, j'étais terrorisé d'être tout seul dans l'obscurité même si je n'ai jamais perdu espoir", a-t-il indiqué, tout en affirmant "avoir toujours pensé réussir à s'en sortir".

Renoncer à la mer ? Jamais

"Quand j'ai entendu qu'ils arrivaient vers moi, qu'ils m'entendaient crier et pleurer, cela a été une expérience incroyable", a ajouté cet officier, entré dans la marine marchande à l'âge de 19 ans, bien qu'originaire d'Ombrie, une région sans accès à la mer. Les sauveteurs l'ont récupéré transi de froid mais vivant, dimanche vers 13h sur la table du restaurant, où il s'était réfugié, et ont dû l'hélitreuiller en le faisant passer à travers la verrière cassée du restaurant où il avait chuté. Malgré son odyssée, Manrico n'imagine pas renoncer à travailler en mer : "pas une seconde, la mer c'est ma vie", confie-t-il derrière ses petites lunettes. Pour l'heure, il récupère à l'hôpital de Grosseto où il est soigné pour une fracture ouverte à une jambe.

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