Alors qu'elle tient ce dimanche son premier meeting de campagne à Metz (son discours est à suivre en direct sur LCI et TF1 News à 15h30), Marine Le Pen puise dans le vocabulaire de la Révolution française pour motiver ses potentiels électeurs. Dans un entretien publié par le Journal du dimanche, la candidate du Front national à l'Elysée a ainsi souhaité une "révolution" et une "nouvelle nuit du 4-Août" au nom de la "majorité silencieuse".
"Cette majorité silencieuse, c'est moi qui la représente. Ceux que personne ne veut entendre, dont on ne parle pas à la télé, qui ne manifestent pas, sont trop normaux pour les élites. Je les appelle à la révolution, une révolution patriotique, pacifique et démocratique", a lancé la présidente du Front national. "Une élite cupide et égoïste a accepté l'idée qu'un peuple entier soit sacrifié quand elle-même profitait de la mondialisation ! Il faut une nouvelle nuit du 4-Août", a-t-elle ajouté, référence au 4 août 1789 où la noblesse a voté l'abolition de ses privilèges dans l'Assemblée constituante. Elle a indiqué qu'elle ne donnerait pas de consignes de vote si elle n'était pas au second tour de l'élection présidentielle : "Pour moi, Nicolas Sarkozy et François Hollande, c'est exactement la même politique. Ils ont d'ailleurs le plus grand mal à montrer des différences. C'est pour cela qu'ils essaient de faire émerger des sujets accessoires, comme le mariage des homosexuels, ou le droit de vote des étrangers".
Marine Le Pen capitalise sur la lassitude des électeurs
La dirigeante du FN veut croire en sa chance, alors que rarement l'issue d'une élection présidentielle aura été aussi imprévisible : le pessimisme et même la démoralisation des Français, attestés par toutes les enquêtes, et qu'accentuent une crise financière et économique sans précédent, peuvent produire "un jeu de massacre" du type 21 avril 2002, reconnaît le directeur du Centre d'études de la vie politique (Cevipof), Pascal Perrineau. Pour le moment, François Hollande, mis sur orbite en octobre par sa nette victoire lors d'une primaire plébiscitée par l'électorat de gauche (près de 3 millions de votants), fait la course en tête (entre 30 et 35% d'intentions de vote), espérant clore la série avec trois échecs consécutifs de la gauche à l'élection-reine de la Ve République. Nicolas Sarkozy, dont l'entrée en lice ne fait pas de doute pour son camp, oscille entre 24 et 28% dans les derniers sondages, soit deux à trois points de plus qu'en septembre. Quant à Marine Le Pen, elle est en embuscade (entre 16 et 19%), guettant l'ouverture pour accéder à la finale. Un candidat du Front national n'a jamais été aussi haut dans les sondages en début de campagne.
L'élection est encore loin. "Six mois, c'est une éternité" pour une campagne électorale, soulignait en novembre Pierre Moscovici, directeur de campagne de François Hollande. Aujourd'hui, 40% au moins des personnes interrogées déclarent pouvoir changer d'avis en ce qui concerne leur intention de vote au 1er tour. Et d'ici avril prochain, une défiance envers les partis de gouvernement peut aussi s'exercer. Pour 86% des Français, "les choses ont tendance à aller plus mal". Pas sûr que la gauche en profite: 58% pensent que la gauche ne ferait pas mieux (Ifop, début décembre). D'ailleurs, 47% souhaitent ni la victoire de François Hollande ni celle de Nicolas Sarkozy (sondage BVA). Une étude d'OpinionWay pour le Cevipof a mis en exergue le sentiment de 83% des Français que "les responsables politiques ne s'occupent pas d'eux". Lassitude, méfiance, morosité caractérisent l'humeur du pays, d'après cette enquête. Des traits propices à une forte abstention... et peut-être aussi à une percée de candidats protestataires. Comme Marine Le Pen.
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