La tension est toujours vive sur les deux îles qui composent Mayotte, 101e département français, où depuis une dizaine de jours un mouvement social, accompagné de manifestations plus ou moins violentes, enfle contre la vie chère. Une nouvelle réunion de négociations doit se tenir dans les prochaines heures entre les syndicats, les associations de consommateurs, les organisations patronales et les représentants de la grande distribution. Après une nuit sans incident, plusieurs défilés de manifestants contre la vie chère ont été une nouvelle fois organisés samedi matin. La veille, plusieurs centaines de Mahoraises et Mahorais avaient rejeté les propositions de baisse de prix formulées par les acteurs de la grande distribution. Le mot d'ordre avait alors été réitéré d'empêcher l'ouverture de tous les commerces samedi.
Si les défilés de samedi matin n'ont pas dégénéré, quelques heures plus tôt, une fillette de 9 ans et un adolescent avaient été blessés. C'est à Longoni, la cité portuaire, que la première victime a été atteinte par un projectile de flash-ball, tiré par un gendarme. Trois militaires qui assuraient la surveillance d'un barrage routier avaient été encerclés et pris à partie par une trentaine de jeunes manifestants, dont certains cagoulés. Pour se dégager, les trois gendarmes ont d'abord fait usage de bombes lacrymogènes. Mais devant la menace persistante, l'un d'eux a utilisé un flash-ball. Atteinte au visage, la fillette a été hospitalisée et ses jours ne sont pas en danger. Toutefois, les médecins envisagent son transfert de Mamoudzou vers le centre hospitalier régional de La Réunion, à 1700 km de là. Dans un second incident, à Pamandzi, en Petite-Terre, un adolescent a été renversé alors qu'il se trouvait sur un barrage routier. Selon la gendarmerie, il a été heurté par un chauffeur de taxi qui voulait forcer le passage. Il était toujours en observation à l'hôpital samedi matin.
Appel au calme
Le préfet de Mayotte, Thomas Degos, a lancé un appel au calme sur les médias audiovisuels de l'île, alors que les témoignages de débordements se multiplient : barrages routiers, érigés avec des tôles, des blocs de béton, des palettes ou des carcasses de voitures interdisant la circulation aussi bien sur l'île de Petite Terre que sur celle de Grande Terre, gendarmes caillassés, automobilistes rackettés.
Sur le fond du conflit, la mobilisation reste forte contre la vie chère. Les délégués des syndicats de salariés et les représentants des associations de consommateurs consultent régulièrement "leur base", c'est-à-dire environ 500 personnes en sit-in permanent aux abords de la place principale de Mamoudzou. "La vente de tous les biens de consommation, dont les produits de première nécessité est entre les mains de trois groupes de grande distribution", explique Ousseni Balahachi, délégué CFDT. Ils demandent l'application des mêmes prix qu'à La Réunion, l'autre département français de l'océan Indien. Le conflit porte notamment sur le prix du mabawa, une aile de poulet rôti, un des aliments préférés de la population, devenu symbole du conflit. Le poulet est vendu 26,90 euros le carton de 10 kilos. La baisse à 21,30 euros proposée par la grande distribution vendredi a été unanimement jugée insuffisante. Il en a été de même pour les autres produits, denrées alimentaires ou matériaux de construction.
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