vendredi 5 août 2011

Alzheimer : "il faut un numéro d'urgence pour les familles qui n'en peuvent plus"

Mercredi, le corps sans vie et couvert d'ecchymoses d'une femme de 91 ans atteinte de la maladie d'Alzheimer a été découvert à Viroflay, dans les Yvelines. Son fils de 68 ans, qui vivait avec elle, a reconnu l'avoir frappée parce qu'il ne supportait plus ses cris incessants, de jour comme de nuit. Il a être mis en examen vendredi pour "coups mortels par ascendant" et placé sous contrôle judiciaire. Judith Mollard, psychologue à l'association France-Alzheimer, réagit à ce drame.
TF1 News : Que vous inspire le tragique fait-divers qui s'est déroulé dans les Yvelines ?

Judith Mollard, psychologue à France-Alzheimer : C'est un événement dramatique qui illustre l'état d'épuisement dans lequel certaines personnes se trouvent lorsqu'elles s'occupent depuis de nombreuses années de leur parent atteint de la maladie d'Alzheimer. Mais il ne faut pas généraliser. La maladie ne s'exprime pas de la même façon chez tout le monde, et certains aidants familiaux l'appréhendent bien. Mais ce qui différencie le quotidien des aidants se joue aussi souvent dans l'aide qu'ils reçoivent ou non des professionnels.

TF1 News : Concrètement, quels sont les aides dont les familles peuvent disposer ?

Judith Mollard : Il existe des structures d'accueil de jour qui offrent aux malades des activités adaptées. Ils gagnent en qualité de vie et dans le même temps, les familles obtiennent un peu de répit. Il faut savoir que les malades, en perte d'autonomie, ont parfois des difficultés pour tous les gestes simples de la vie quotidienne, comme se nourrir ou s'habiller. Au stade avancé, ils ont besoin d'une attention 24/24h. Les aides-soignantes ou les auxiliaires de vie sont également souvent des soutiens précieux.

TF1 News : Pourquoi certaines familles ne reçoivent pas ces aides des professionnels ?

Judith Mollard : Certaines familles s'isolent. Alzheimer est encore une maladie taboue, honteuse, que l'on veut cacher. En outre, accéder aux aides demande un effort financier que tout le monde ne peut pas fournir. D'autres familles ont des réticences à demander de l'aide extérieure car elles ont le sentiment de pouvoir se débrouiller seules.

TF1 News : L'entourage doit-il lui aussi être formé ?

Judith Mollard : Absolument. Ce n'est pas parce qu'on offre beaucoup d'amour et qu'on fait preuve de bonne volonté que l'on sait accompagner un malade atteint d'Alzheimer. Il faut que l'entourage développe des compétences concrètes. Par exemple, il faut les sensibiliser aux troubles de l'attention. Il faut qu'ils intègrent que proposer de faire deux choses en même temps au malade risque de provoquer de l'agressivité.

TF1 News : Il s'agit d'une mesure contenue dans le plan Alzheimer 2008-2012, mis en place par le gouvernement...

Oui, au même titre que la mise en place d'unités de soin spécialisés ou le diagnostic à domicile. Mais pour l'instant, ces mesures n'en sont qu'au stade de l'expérimentation et ne couvrent pas l'ensemble du territoire.

Faut-il envisager des solutions d'urgence pour éviter les drames comme celui qui vient de se produire ?

Oui. Il faudrait par exemple mettre en place un numéro d'urgence destiné aux aidants familiaux pour leur permettre d'avoir un interlocuteur quand elles n'en peuvent plus.

Pour contacter l'association : http://www.francealzheimer.org/

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